Ce matin du 4 juillet, deux quartiers se réveillaient avec un goût amer dans la bouche. Celui de la cendre.

Suite au décès d’un jeune intervenu après un contrôle de routine, plusieurs commerces et locaux étaient assaillis et incendiés. Au delà de cette affaire et des questions juridiques qui vont l’entourer (à l’heure où j’écris ces lignes, j’ai bien peu d’informations et je me garderais donc bien de tout commentaire), j’aimerais aller au delà des communiqués stéréotypés de la gauche et de la droite qui iront s’écharper à coup de jolis mots pour savoir qui du flic ou du jeune est le méchant.

Au delà des problèmes de sécurité, du rapport de la jeunesse à la Police, où à l’État, j’aimerais m’intéresser plutôt aux aspects géographiques. Nous voyons bien que ce sont des quartiers spécifiques qui ont été victimes de ces actes de vandalisme. Pourquoi rien n’est fait pour sortir de cette logique de « quartier » ? Va-t’on continuer longtemps à oublier la politique de la ville ?

Le tournant libéral – l’idéologie de l’État minimal

Premièrement, il faut noter le désengagement total de l’État de quasiment toutes les questions stratégiques, commencé il y a fort longtemps, accéléré sous Sarkozy et parachevé sous Macron. Le gouvernement gouverne, le législateur légifère, mais dans les faits, c’est toujours moins d’Etat. Partout. Pour « libérer » les énergies disent-ils.

Ainsi, la privatisation de la SNCF, par exemple, va surtout impliquer le remplacement d’une logique de service par une logique de rentabilité. De nombreuses gares rurales pourraient ne plus être desservies.

De la même façon, la gestion des aéroports, des autoroutes, etc. sont cédées à des entreprises privées. Au niveau du haut débit, fibre comme téléphonie, tout est cédé au privé sous la forme de PPP (Partenariat Public Privé), via les départements, et donc au bon vouloir, ou non, de chaque opérateur. Ainsi, les LGV, avec des trains déjà équipés en WIFI, font parti des zones prioritaires pour la 4G. Il ne faudrait pas que les parisiens se rendent compte de la désertification du reste de la France.

Avec l’arrivée prochaine du Tour de France, certaines communes du Grand-Ouest se voient équipées hâtivement de haut débit elles-aussi pour que les médias puissent travailler. Jackpot pour les communes en bénéficiant. Les entreprises et usagers des communes avoisinantes devront eux attendre longtemps. N’y a-t’il que les médias qui aient besoin de ces outils pour travailler ?

La tâche de Jacques Mézard dans son ministère est donc particulièrement malaisée, et comme dans les gouvernements précédents, son travail consiste à poser des rustines ici et là. Budgéter la rénovation énergétique des logements insalubres ? Bien. Prévoir la rénovation commerciale des centres-ville des communes moyennes ? Bien.

Mais insuffisant. A quoi tout cela sert s’il n’y a plus aucun service ? A quoi cela sert s’il n’y a pas les infrastructures nécessaires à la création d’emploi ?

Dans ma commune d’Avessac, dans le nord de la Loire-Atlantique, La Poste est ouverte 2h / jour. Les médecins manquent. L’hôpital le plus proche est vétuste. La gare voisine de Massérac est là pour faire joli. La 3G passe à peine dans le bourg. Voilà une commune français de 2600 habitants… qui en avait quasiment 4000 en 1900 !

Pour un retour à l’Égalité des Territoires

Pourquoi est-ce que je parle de ruralité alors que le sujet du jour est les banlieues ? La première raison est l’illustration du désengagement de l’État. La seconde est d’ordre géographique et sociologique.

Pourquoi ai-je migré de Nantes à la campagne redonnaise ? Parce que je créé mon propre emploi, et que par conséquent je peux travailler de n’importe où, et qu’avec mon budget, j’ai pu avoir une jolie longère avec jardin, quand j’aurais pu avoir un T3 dans les banlieues malfamées de la métropole, ou un T2 en centre-ville, ou encore un studio à Paris.

Développer la ruralité, en ayant un réel État-Stratège agissant sur les infrastructures, le haut débit, les services, etc, permettra donc de créer d’avantage d’emplois, ce qui aura pour effet de désengorger les métropoles, et d’offrir le moyen à de nombreuses familles de sortir des banlieues.

Il faut donc, afin de mieux répartir la population française, revenir à une réelle Égalité des Territoires, que chaque français, qu’il habite Paris, Nantes ou Guéméné-Penfao, ai accès aux mêmes services, pour qu’enfin, les énergies puissent se libérer… partout en France !

Pour en finir avec la Cohésion des Territoires

A contrario, la Cohésion des Territoires, intitulé du ministère de M.Mézard, ne parle nullement d’égalité. Il s’agit pour eux de créer une « cohérence interne » à chaque territoire, ce qui est tout à fait à l’opposé de l’égalité que j’appelle de mes vœux.  Il est donc tout à fait évident que rien ne serait fait dans le bon sens dans ce quinquennat, même si nous ne pouvons cracher sur les rustines qui seront appliquées.

Pour en finir avec les banlieues les plus « compliquées », il faut créer un brassage de population, créer du mouvement. Que des familles puissent aller travailler à la campagne, c’était mon premier point, mais pas seulement. Il faut que des étudiants puissent-être logés dans ces quartiers. Il faut que des entreprises puissent s’y installer facilement, en transformant des HLM par exemple. Il faut que des événements culturels importants soient organisés. Pourquoi n’y a-t’il jamais d’œuvre du couteux « Voyages à Nantes » aux Dervallières ou dans d’autres quartiers ? La culture n’a pas à être l’apanage des quartiers riches ! Surtout, et c’est là un point crucial, il faut que l’accès aux transports soit facilité.

Jean-Marc Ayrault, quoi que l’on pense de son mandat de Premier Ministre, avait réalisé dans ce sens un excellent travail à Bellevue. Ce matin, nous ne pouvions que constater que ce quartier étaient beaucoup plus calmes que le Breil ou les Derv’.

Il convient donc de redonner du sens à la mobilité sociale, une réelle mobilité qui ne soit pas subie pour des raisons économiques.

Évidemment, cela aura aussi un impact sur le communautarisme se renforçant actuellement dans les quartiers, en limitant les concentrations par origines ethniques qui mettent à mal l’idée même d’égalité républicaine. Une politique migratoire plus censée, plus humaine, évitant la ghéttoïsation des demandeurs d’asile, serait un atout indéniable là encore.

Pour une réelle politique de la ville

La dérive du « tout-libéral » agit aussi sur les villes. Nous le voyons bien à Nantes quand Johanna Rolland brade le Stade de la Beaujoire et son parc à une société privée pour un somme digne du Larzac, quand elle déclasse le Square Fleuriot pour qu’Uniqlo puisse s’y installer, elle cède sa politique d’urbanisme à des promoteurs dont l’objectif est la rentabilité, et non l’égalité, ou même la cohérence du paysage urbain.

Avec la dérèglementation des normes architecturales qui inquiète fortement les architectes, une pétition à vue le jour et à recueilli quasiment 6000 signatures, dont de grands noms de l’architecture en France. Là encore, la politique du gouvernement se soumet à la rentabilité immédiate, au lieu d’envisager l’avenir à moyen et long terme.

Il faut donc que les actions des Maires des métropoles soit plus contrôlées, et que les spécialistes, architectes et urbanistes, ayant souvent une approche à la fois pragmatique et sociologique de leur discipline comme en témoigne cette pétition, puissent intervenir et conseiller le ministre de la Ville et de l’Égalité des Territoires.

Égalité des Territoires, Politique Urbaine & État-Stratège

Voilà donc quelques pistes pour éviter le drame survenu au #Breil et les manifestations de violences ayant suivi. Désenclavement. Mobilité sociale plutôt que mobilité économique. Réelle égalité des territoires grâce au retour des services publics. Investissement dans les infrastructures. Politique urbaine.

Bref, nous avons besoin d’un retour de l’État-Stratège qui puisse réellement œuvrer dans le sens de l’égalité républicaine. Et c’est urgent.

 

Crédit Photo : Ouest-France