M. Macron, M. le Président, votre Excellence,

Permettez-moi de vous vouvoyer.

Si je prends la liberté de m’adresser directement à vous, c’est parce qu’il y a urgence. Il est urgent de rétablir un réel débat démocratique : jamais depuis la Seconde Guerre mondiale ce débat, moteur de la République n’a été autant en danger : les présidentielles, puis ces élections européennes à venir en sont le symbole.

Non content d’avoir eu Marine Le Pen, parodie d’elle-même, comme adversaire au second tour, vous semblez tout faire pour la conforter dans sa position d’opposante numéro 1 au gouvernement. Envers et contre nous.

Quand vous vous posez comme champion du “progressisme” face au “nationalisme”, vous commettez de nombreuses fautes : cette opposition qui n’a aucun sens invisibilise autant la gauche progressiste dont vous vous revendiquez parfois que la droite conservatrice. Cela ne peut alors que désigner le concurrent que vous vous choisissez, tout courageux que vous êtes que de sélectionner celui n’offrant qu’une bien piètre adversité.

Quand votre gouvernement assimile les Gilets Jaunes à l’extrême droite, il essentialise un mouvement apolitique aux origines diverses et n’ayant, finalement, que deux revendications claires : plus de justice sociale, et plus de démocratie. Est-ce là des doléances usuelles de l’extrême droite Française ? Évidemment non, mais assigner les Gilets Jaunes à cette mouvance, c’est leur susurrer que la solution à tous leurs maux pourrait bien s’y trouver.

Pardonnez ma vulgarité, somme toute cathartique, mais quand vous même et certains de vos députés conchient les valeurs des Lumières qui ont bâti la citoyenneté à la française, en versant dans un relativisme culturel et religieux que notre histoire méconnaît, vous détruisez ce faisant l’identité Républicaine française. Quel autre effet cela pourrait-il avoir que de rabougrir le front républicain et permettre le développement de l’identité nationaliste ? Assimiler le voile islamique à un vulgaire serre-tête ; adjectiver la laïcité ; et même envisager de modifier la loi de 1905, pour légaliser les petits arrangements déraisonnables dont la classe politique use depuis trop longtemps, est alors doublement criminel.

Quand vous parlez de “civilisation européenne” que vous opposez au nationalisme, vous désignez, là encore, le nationalisme de l’extrême droite comme votre adversaire. Et que proposez-vous en contrepartie si ce n’est un nationalisme européen, fantasme devenant possible dès lors que vous envisagez une “souveraineté européenne” ?

Vous évoquez dans votre lettre 20 fois l’Europe, mais parlez seulement 4 fois de l’Union Européenne, entretenant un flou artistique qui dissimule cette banale réalité : l’Europe n’est pas l’Union Européenne.

Vous nous dites que l’Europe, c’est la paix, fermant les yeux sur les conflits qui se sont déroulés en ex-Yougoslavie, en Ukraine, en Libye, pour ne citer qu’eux.

Vous nous dites que c’est la prospérité, alors qu’un institut libéral allemand évalue à des milliers de milliards le coût de l’Euro pour la France, sans prendre en considération – ah les promesses, nous devrions tenir les comptes ! – celles et ceux qui doivent vivre dans une grande précarité.

Vous nous dites que ce sont des projets rutilants financés par l’Union en omettant de dire que notre pays est contributeur net, que nous recevons donc moins de celle-ci que nous lui donnons, et que ce financement vient par conséquent du « pognon de dingue » amassé grâce à nos impôts.

Vous nous dites que vous allez la changer, que vous allez la rendre plus protectrice, plus humaine, plus concrète, alors que vous avez piteusement échoué dans toutes vos tentatives, du travail détaché au glyphosate en passant par Alstom. Vous savez bien que l’unanimité sera nécessaire pour mettre en œuvre votre fameux projet : vous comptez donc négocier avec Salvini, Kurz, ou Orban ? Votre opposition au nationalisme n’est bien qu’un discours de façade.

Bref, vous nous mentez, et vos mensonges sont le signe de votre irrespect. Un dirigeant respectant son peuple ne l’insulterait pas, et lui dirait la vérité toute crue, aussi antipathique soit-elle.

Alors permettez-moi de vous dire ma vérité : puisque votre stratégie politique consiste à développer le pire de vos adversaires en flattant les pires de vos alliés, vos victoires n’ont alors rien à envier à celles de Pyrrhus, détruisant ce qui reste de notre débat démocratique et de nos espérances républicaines.

Nous ne voulons plus choisir entre un parti unique qui ne se résume qu’à 50 nuances d’ordolibéralisme, et une mouvance identitaro-nationaliste. Ce bipartisme n’en est pas un et a plus à voir avec le modèle soviétique qu’avec le modèle républicain qui est le nôtre. Peut-être du haut de l’Olympe distinguez-vous un système binaire, mais pour nous autres pauvres mortels et gens de rien, nous ne voyons qu’une lumière vacillante, point de fuite eschatologique signifiant la fin des possibles.

Anthropologiquement, ontologiquement, métaphysiquement, nous avons donc besoin de débattre. Nous voulons pouvoir discuter du modèle social et économique, de l’écologie, du modèle sociétal. Nous voulons que nos votes impactent et soutiennent une vision politique, plutôt que de devoir encore et toujours faire barrage : nous ne voulons plus nous rendre à l’isoloir pour beurrer des sandwichs.

Le débat ne se résume pas à vos performances de stand-upper face à nos concitoyens. Il passe par un réel pluralisme des idées permettant de faire émerger la Chose Commune. Il passe par le respect du débat démocratique et de ses règles.

A faire le jeu des extrêmes, vous nous mettez tous dans une situation délicate et hypothéquez notre avenir. Que ce passerait-il quand votre adversaire préféré réussira à prendre les rênes du pouvoir ? Nous ne voulons pas devenir milliardaires, nous voulons choisir notre avenir.

Bien sûr, il parait facile de vous critiquer alors que vos opposants ne nous aident en rien. Peut être parce que leur nullité crasse les empêche d’être cyniques, nous leur pardonnons plus.

M. Macron souvenez-vous de notre histoire, de nos valeurs, de notre principes, et vous qui aimez les belles lettres, souvenez-vous surtout de ces mots de Pétrone : “L’obstacle ajoute un lustre à la victoire”.

Je m’en veux un peu de devoir flatter votre égo et titiller vos ressorts jupitériens, mais peu importe finalement les raisons qui vous poussent à agir, à défaut de pouvoir en appeler à votre conscience ; il est urgent que les principes de notre République puisse être défendus, et que les modèles politiques puissent-être débattus. Ainsi en va de l’avenir de notre démocratie.

Faites votre part, et nous ferons la nôtre.

texte publié pour Nation & République Sociale