Cher Jacques,

Je vous écris cette lettre, bien que je ne soit pas sûr que vous la méritiez, tant votre dernier texte « Derrière le souverainisme, se cache trop souvent la haine des musulmans. » est d’une totale absurdité.

Pourtant cette pensée, dont je n’aurais pas la prétention de vous offrir la paternité, fait des émules dans une « gauche » (qu’il faudrait définir, mais ce n’est pas l’objet de cette lettre) qui n’a jamais aussi peu aimé la démocratie. Des gens paraissant pourtant bien plus intelligents que vous ne l’êtes nous disent des choses comme :

Ainsi, Raphaël Enthoven prétend que de Gaulle était anti-souverainisme, parce qu’il vantait l’ouverture du Marché Unique en 1965, utilisant d’un anachronisme qui voudrait que la l’Union Européenne soit la CEE. C’est oublier Maastricht, c’est oublier Lisbonne, qui entre-temps ont bien changé la donne.

Soyons clairs, le souveranisime n’est PAS le nationalisme (préférence nationale, repli identitaire, et autres joyeusetés d’extrême-droite). Le souverainisme n’est PAS le protectionnisme économique. Et enfin, le souverainisme n’est PAS un identitarisme, ou plutôt, disons le, il permet la construction d’une identité républicaine qui transcende les identités ethniques, religieuses et culturelles réelles ou supposées.

On ne sait que trop bien ce qui advient des mots qu’on laisse se déformer : le racisme devient une réaction à une construction sociale, l’antisémitisme une haine des peuples sémites, l’universalisme devient excluant, etc.

Je ne vous laisserai pas galvauder la défense de la souveraineté, qu’on appelle souverainisme, sous des prétextes fallacieux, et ceci, pour 3 raisons :

1/ La défense de la souveraineté est essentielle, parce que définir le peuple comme souverain est la brique élémentaire de la démocratie, de la République.

2/ Sans communauté nationale, sans ce peuple souverain, comment comptez-vous défendre la laïcité ? Dire que le peuple est souverain ne suffit pas. Il faut lui créer un environnement qui fasse de l’invidu un citoyen, et c’est le but même de la laïcité. Sans défense de la souveraineté, la laïcité devient un concept sans objet, et passe de principe fondamentalement égalitaire à un principe illibéral : il n’y a rien d’étonnant que la laïcité soit attaquée au moment même où la souveraineté s’affaisse.

3/ En associant le souverainisme aux idées d’extrême droite, vous en faites les uniques défenseurs d’une cause essentielle, que pourtant ils ne défendent aucunement. Ce faisant, vous ostracisez cette idée et vous précipitez les français, attachés à nos ancestrales valeurs républicaines, dans leurs bras.

D’où ma question : est-ce là finalement votre objectif que de continuer à nourrir la bête immonde afin que nous nous retrouvions avec un énième duel libéraux-mondialistes / extrême-droite ? Serait-ce là votre conception de la démocratie ? Cela expliquerait avec quelle facilité vous jetez en pâture la souveraineté. Ne sentez-vous pas le danger venir ?

Bref, le souverainisme et la souveraineté populaire doivent être défendus, tout comme les valeurs qui leurs sont associées – laïcité, Nation, … –, certes pas par l’extrême-droite, mais par un mouvement réellement républicain. C’est essentiel à l’avenir de notre démocratie qui pour vivre doit retrouver un réel pluralisme des idées.

J’aimerai réagir à d’autres points de votre texte, lorsque vous parlez de solde migratoire net (prenant donc en compte l’expatriation de français pour parler d’immigration… malhonneteté ultime), quand vous faites une promotion de l’œcuménisme inter-religieux, ou lorsque vous associez Zemmour ou Finkelkraut à leur judéité (comment ne pas vous en vouloir de me forcer à défendre ces olibrius?), mais je m’en voudrais de tomber dans la vulgarité la plus crasse.

Bien cordialemment,

Antoine Berranger.