Voter, c’est trier. Quels sont vos objectifs et idéaux politiques ? Comment parvenir à ces idéaux ?

Voter c’est choisir. Quels sont les moyens d’actions les plus cruciaux parmi ceux que vous avez retenus ?

Mon choix est fait depuis longtemps. Je souhaite un monde dans lequel les individus sont libres de choisir, d’entreprendre, de s’exprimer, le tout dans une République permettant l’émancipation de chacun, éradiquant la pauvreté, promouvant la solidarité en ne laissant personne de côté, créant un commun désirable… Bref, mon utopie est une République Démocratique & Sociale.

Comment arriver à cela, et quels moyens mettre en place pour atteindre cet objectif ?

De la Souveraineté Nationale

Pour commencer, il faut être souverains. On ne peut décider de notre destin commun en se soumettant à des impératifs extérieurs. La Nation, peuple fait corps – concept de gauche s’il en est, faut-il encore devoir le rappeler – doit pouvoir choisir. A quoi pourrait bien servir la démocratie et le choix d’élus et de représentants si ces représentants eux-mêmes ont les mains liées ?

Philosophiquement, la souveraineté nationale est donc un pré-requis indispensable à l’exercice démocratique. Autrement dit la souveraineté nationale est un pré-requis à la souveraineté populaire. Si la démocratie est aussi mal en point en France, il n’y a pas besoin d’aller chercher bien loin les raisons de son flétrissement.

Pratiquement, il faut aussi admettre que notre Union Européenne ne peut pas permettre l’avènement d’une réelle politique sociale. En dehors des contraintes budgétaires – regardez ce qui a pu se passer en Grèce[1], ou même en Italie qui a vu son budget se faire retoquer par des commissaires non élus[2] -, des dogmes libéraux sont constitutionnalisés dans le Traité de Fonctionnement de l’Union Européenne. Ainsi il y est écrit noir sur blanc que les domaines de l’énergie, des transports ou des télécommunications doivent être des marchés « marchés ouverts et concurrentiels »[3].

Si vous êtes des défenseurs de la « libre-concurrence », cela ne vous choquera peut-être pas, mais vous devriez être effaré en tant que démocrate que de telles dispositions soient gravées dans le marbre, limitant ainsi les options politiques et démocratiques pour tous les citoyens de l’Union Européenne.

La souveraineté nationale est donc à la fois nécessaire à la démocratie, mais aussi à l’avènement de la République Sociale.

De la République

Nous y sommes donc presque. Nous avons défini la souveraineté nationale comme moyen, mais la République Sociale a d’autres pré-requis, et pour cause : comment la mettre en place sans République ?

Nous la considérons souvent comme une réalité en soi. Immuable et rassurante. Mais est-ce toujours bien le cas ? Le sondage réalisé il y a quelques jours par Ipsos pour Charlie Hebdo[4] montre que 50% des français seraient contre le « droit au blasphème » (qui n’est par ailleurs pas un droit puisque le blasphème n’existe pas, mais c’est un autre débat). La laïcité est remise en question chaque jour au nom du « vivre ensemble » (sic) et au gré de petits arrangements déraisonnables.

Les actes homophobes et racistes sont en constante augmentation[5], la fraternité n’est plus qu’un doux mythe et les valeurs républicaines s’effondrent.

Ces attaques ne viennent pas seulement du bas-peuple, mais aussi de nos chers concitoyens élus. De la FI au RN, de LREM au PS en passant par LR, la quasi totalité des « grands » partis ne sont, au mieux, pas clairs sur nos valeurs. Les uns fustigeront le blasphème de Frédéric Fromet, les autres le blasphème de Mila. Les uns soutiendront la manif de la honte, les autres cracheront sur toute forme et manifestation ou railleront des Gilets Jaunes éborgnés. Les uns tairont les actes homophobes, les autres les actes racistes.

Les idéaux d’égalité, de fraternité, et de liberté ne sont unanimement défendu nul part. Au gré des vents, de l’opinion publique, et bien souvent d’un doigt mouillé, nos partis politiques semblent pencher d’un côté ou d’un autre, alors que ces valeurs doivent être défendue de façon concrète et uniforme.

Dans les plus haute sphères de l’Etat, le respect de nos institutions n’existe plus. Parlons franchement, les parlementaires ne servent strictement à rien d’autre que de jouer la courroie de transmission du gouvernement – et moi qui pensait que la séparation de l’exécutif et du législatif poursuivait un but précis… -, les ministres se permettent des collusions avec la Justice, le président se prend pour un chanoine, etc. Je pourrais dresser ici une liste longue comme le bras, mais cela serait un peu indigeste. Allons au but.

Du fait des actions des gouvernements qui se sont succédé depuis plusieurs décennies, les services publics s’effilochent, les inégalités sociales et fiscales s’accroissent, les zones rurales sont abandonnées et tout ce qui pouvait aider à construire une unité est méthodiquement détricoté.

Vous croyiez avoir tout vu avec la casse du code du travail, de l’assurance-chômage et des retraites, pendant que les entreprises du CAC40 se gavent d’aides publiques et que les plus riches paient de moins en moins d’impôts ?

Et bien vous n’êtes pas au bout de vos surprises. Se prépare insidieusement, sans que cela soulève le moindre émoi, une loi territoriale « 3D », pour Décentralisation, Déconcentration, Différenciation[6]. Oui, oui, différenciation territoriale. Oui, oui, une différenciation en droit. C’est bien la structure même, le soubassement de notre République, censément « une et indivisible » qui est attaqué comme le montre brillamment Benjamin Morel[7].

Pourquoi vouloir à tout prix défendre la République pourriez-vous me demander ? Et bien c’est simple les amis, parce qu’elle est indispensable l’exercice durable de la démocratie[8] (qui, pour rappel, n’est jamais qu’un autre nom de la « souveraineté populaire »).

Bref, l’établissement d’une démocratie sociale stable a donc deux pré-requis : la souveraineté, et la République.

Voilà donc ce pourquoi je vote : pour la souveraineté, pour la république, parce qu’elles sont les conditions nécessaires à l’avènement de la République Démocratique & Sociale que j’appelle de mes vœux. Voilà ce pourquoi je m’engage politiquement.

Il n’y a pas de différence, de hiérarchie dans ces moyens. L’objectif est clair. Les souverainistes de gauche, par cohérence, devraient donc commencer par défendre les valeurs républicaines de façon radicale. Sans République, la souveraineté populaire serait impossible (ou instable au mieux) & la souveraineté nationale serait sans objet. Notre projet ne pourrait donc advenir.

Tout effort pensant faire l’économie de ces revendications serait alors totalement vain.

Plus globalement, tout politique sociale se déclamant sans défense de la souveraineté et de la République ne sera qu’un attrape-nigauds.

[1] Conférence d’Olivier Delorme aux UARS2020, 16 novembre 2019
[2] « Italie : le budget 2019 enfin approuvé« , Le Figaro, 30 décembre 2018
[3] Article 170 du TFUE
[4] « Droit au blasphème : les Français sont plutôt pour mais carrément contre« , Charlie Hebdo, 4 février 2020
[5] Statistiques 2019 des actes antireligieux, antisémites, racistes et xénophobes, Ministère de l’intérieur, 26 janvier 2020
[6] Projet de loi 3D
[7] « Le droit à la différenciation, les dangers d’une révision constitutionnelle« , Benjamin Morel, 10 juillet 2019
[8] « Démocratie versus république : inclusion et désir dans les luttes sociales« , Renato Janine Ribeiro et Daniel Arapu, Diogène, Avril 2007